Volume 4 - Numéro 2, 2011 - Gros Plan Sur Un Pays : La République Tchèque

La Radiologie En Republiquè Tchèque

Entretien avec

Prof. Vlastimil Valek

Chef du service de radiologie


Pouvez-vous nous dire ce qui vous a porté à choisir la radiologie ?

Je viens d'une famille de médecins. Mon père était neurologue, ma mère pédiatre, mon oncle spécialiste ORL, mes tantes pédiatre et gynécologue et j’ai naturellement suivi des études à la faculté de médecine. Là, mon intérêt s’est porté sur les cours de technologie puis sur la radiologie. En 1985, j'ai obtenu mon diplôme et commencé à travailler, après un an de service militaire, dans le service de radiologie de l’Hôpital universitaire Sainte-Anne de Brno. En 2001, j’en suis devenu chef de service. Depuis le début de ma carrière professionnelle, mon intérêt s’est porté sur la radiologie abdominal et gastro-intestinale. En 1988, j'ai réalisé les premières entéroclyses en République tchèque. Après 1989, mes centres d'intérêt se sont portés sur les interventions non vasculaires et la radiologie oncologique, mais aussi la radiologie interventionnelle. Le service de radiologie de l'Hôpital universitaire de Brno est maintenant le service le plus compétent dans ces domaines en République tchèque et en Slovaquie.

 

Pouvez-vous nous parler de votre service de radiologie ?

Il existe une rivalité entre le Centre hospitalier universitaire UHB de Brno, où je travaille, et le Centre hospitalier universitaire Motol de Prague pour obtenir la place du plus grand hôpital tchèque. Notre service dispose actuellement de quatre scanners et de trois IRM. Il est entièrement numérisé et nous sommes équipés d’un PACS depuis dix ans. Tous les examens y sont réalisés, y compris la radiologie interventionnelle, la neuroradiologie et la mammographie.

 

L’UHB de Brno compte 2 280 lits. Quelques 38 000 patients y sont hospitalisés chaque année, et 1,1 millions sont suivis en ambulatoire. Le centre possède deux services de radiologie distincts : le département de radiologie qui reçoit 130 000 patients et réalise 220 000 examens par an, et le department de radiologie pédiatrique (situé dans un hospital pour enfants qui dépend de l’UHB).

 

Est-ce que la radiologie attire beaucoup d’internes ?

Actuellement, environ 1 500 radiologues exercent en République tchèque et quelque trente radiologues sont diplômés chaque année. La formation dure cinq ans, ce qui veut dire que près de 150 radiologues sont en formation en meme temps. Comme certains partent exercer à l'étranger, on considère qu’il faudrait former 45 radiologues chaque année pour que leur nombre ne diminue pas. Mais combien de radiologues sont vraiment nécessaires ? À l'étranger, comme ici, la demande est constante. En République tchèque de nombreux postes de dirigeants sont à pourvoir, y compris des postes de directeur d’hôpital. Pour satisfaire la demande, nous devrions trouver 300 radiologues supplémentaires.



Diriez-vous que les professionnels d’imagerie sont rétribués convenablement ?

Non, bien sûr. Le salaire est très difficile à estimer. Nous pouvons dire que globalement le salaire de base brut mensuel d’un médecin est d'environ 20 000 Couronnes tchèques (CZK), environ 810 €. Le salaire d'un médecin spécialisé depend de la durée de son expérience : le salaire brut moyen d'un médecin qualifié de 40 ans qui n’est ni chef de service, ni directeur, est compris entre environ 30 000 et 50 000 CZK (1 200 à 2 025 €), avantages et primes comprises. Il travaille 40 heures par semaine et est de garde quatre fois par semaine (de 14 h. à 7 h. le lendemain) et un jour de week-end (24 heures le samedi ou dimanche). Ce chiffre peut atteindre 60 000 à 90 000 CZK mensuels (2 430 à 3 645 €) dans le secteur privé. Le salaire maximum d’un radiologue ne dépasse pas 100 000 à 150 000 CZK bruts par mois (4 050 à 6 075 €). Cela explique pourquoi les jeunes médecins partent travailler à l'étranger.

 

Que diriez-vous concernant la formation continue ?

La formation continue en radiologie est surtout importante pour les médecins qui travaillent dans le secteur privé. Les médecins doivent accumuler des « crédits » auprès de la Chambre tchèque des médecins ; c’est une des conditions permettant l'obtention d'une licence. Tout cela s’effectue dans un climat bienveillant, et l'intérêt des médecins tchèques pour les congrès et les cours est immense. Six à sept cent radiologues participent au congrès national et de nombreux événements rassemblent entre 200 et 300 participants.

 

Presque toutes les manifestations attirent plus de personnes que leur capacité ne le permet. Celles concernant la formation continue sont coordonnées par le comité de la Société tchèque de radiologie qui leur attribue un certificat de qualité. Outre le Congrès national tous les deux ans, nous comptons deux événements nationaux en radiologie interventionnelle chaque année, un cours de trois jours sur l’IRM, un cours d'une semaine sur le scanner et l’IRM, une formation au scanner pour les jeunes médecins, un congrès de trois jours en échographie et différents autres congrès (neuroradiologie, radiologie pédiatrique, radiologie abdominale et digestive, etc.). Tous ces congrès sont centrés sur la formation et comportment essentiellement des exposés sur invitation.

 

Est ce que le management est enseigné ? voudriez-vous nous parler des principales difficulties que vous rencontrez au niveau managérial ?

Il n'y a aucun cours de gestion prévu pour les étudiants de radiologie mais des cours de MBA orientés sur la santé. Par ailleurs les radiologues hospitaliers seniors se réunissent une fois par an.

 

À mon avis, le problème majeur est le nombre important de grands départements de radiologie en République tchèque : dix départements de radiologie et six autres services de radiologie sont raccordés à des facultés de médecine. Si on compte les sept grands services de radiologie qui se trouvent dans les hôpitaux régionaux, cela fait vingt-trois departments qui cherchent à égaler, par le nombre des procédures exécutées, les grands services à l'étranger. Pourtant, un grand service de radiologie ici compte moins de trente médecins, internes compris, et très rarement plus d'un professeur agrégé. Par ailleurs, dans la plupart des services, il n'y a pas d'activité de recherche et les publications sont faibles ou inexistantes. La qualité de la radiologie – et j'entends par là la pratique de la radiologie – est élevée, mais la qualité du travail de recherche, scientifique et expérimental est faible. Le budget type d'un grand service, d'environ 4,5 millions CZK par mois (182 000 €), sert à financer l'achat de produits de contraste, des matériaux nécessaires à l’usage quotidien, et de l’instrumentation. Cela limite considérablement la capacité d'exécuter des procédures coûteuses. Ainsi, d'un point de vue économique, le fonctionnement d'un département de radiologie représente un vrai défi, entièrement dépendant de la compétence du chef de service.

 

La concentration des services est élevée sur notre territoire, et chacun dessert une zone géographique plutôt réduite. Selon moi, la République tchèque compte près de vingt services de radiologie qui proposent un service de qualité sur l'ensemble des procédures, y compris en interventionnel. Si on considère que la population de la République tchèque est de 10 millions d’habitants, chaque département devrait pouvoir couvrir une zone de 500 000 habitants.


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