Volume 3 - Numéro 1, 2010 - Entretien

Interview Avec Prof. Hedvig Hricak

Interview avec

prof. Hedvig Hricak

Chef de service

Département de radiologie

Chaire de radiologie Carroll and Milton Petrie, Memorial Sloan-Kettering

Cancer Center, New York, États-Unis Et

Professeur de radiologie, Weill Cornell College of Medicine

 

Le Prof. Hedvig Hricak est un innovateur célèbre dans le domaine de l'imagerie oncologique. Elle a soutenu le développement de nouveaux modes d'imagerie pour différents types de cancers gynécologiques et génito-urinaires, s’est engagée dans la recherche interdisciplinaire sur des méthodes mini-invasives pour améliorer la détection et le traitement du cancer, et a été distinguée par plusieurs organisations internationales de renom (Marie Curie Award de la « Society of Women in Radiology », médaille d'or de l' « International Society for Magnetic Resonance in Medicine », médaille Antoine Béclère de la Société internationale de radiologie, médaille d'or de l’ « Association Of University Radiologists », etc.). Elle nous parle du besoin de dirigeants dans la recherche en radiologie et de la façon de devenir un leader efficace. Prof. Hricak compte plus de 500 citations dans PubMed, est auteur ou co-auteur de 19 livres, de 131 chapitres, et a obtenu plus de 14 000 citations scientifiques.

 

Pourriez-vous nous parler de votre emploi du temps quotidien ?

J'ai des réunions avec mes vice-directeurs et les directeurs des autres départements, des entrevues avec les candidats pour les postes à pourvoir, des réunions administratives, j’examine les images des patients qui me sont adressés et ensuite, j’ai plaisir à faire de la recherche avec mes associés. Mes journées de travail commencent généralement à 8h00 et se terminent environ à 20h30.

 

Quels sont à votre avis les aspects les plus agréables de votre vie professionnelle et ceux que vous trouvez les plus difficiles ?

Un des aspects les plus agréables de ma vie professionnelle est le travail avec mes associés, jeunes médecins et chercheurs, l’observation de leur évolution, de leurs succès voire pour plusieurs d’entre eux de leur célébrité.

 

Les aspects les plus difficiles sont de nature administrative : les négociations pour le partage du travail et les aspects financiers dans un climat économique difficile. L'imagerie prenant de plus en plus d’importance, la charge de travail augmente sans cesse, et il est très difficile de prévoir un espace de travail et une force de travail suffisants pour faire face à cette croissance. Il faut toujours rester flexible et s'adapter au changement – tout en ne perdant jamais de vue les principaux objectifs : l'excellence dans les soins cliniques et des progrès constants de la médecine.

 

Comment avez-vous appris le management ?

Le secret de l'apprentissage du management est de grandir avec des emplois plus en plus exigeants. On apprend par la promotion, en assumant des responsabilités croissantes. J’ai pris des cours de management à Wharton – c’était une base très utile. Cependant, il y a une différence entre la théorie et la pratique. On doit évoluer en permanence et être à la recherche de nouveautés. De plus, toute politique est locale, et son style doit toujours s’y adapter. La gestion, malheureusement, prend de plus en plus de mon temps, alors même que mon travail professoral et administratif ne cesse de croître.

 

Quelle est l’importance d'un bon leadership dans l'imagerie médicale ?

Un bon leadership est particulièrement important dans les services d'imagerie universitaire, de nombreuses preoccupations concurrentes devant être prises en considération. La qualité du soin est la base sur laquelle se construit une recherché collaborative menée à l'initiative des investigateurs. Il est crucial de maintenir un équilibre dans chaque département. Il faut aussi harmoniser les priorités et les strategies en tenant compte de la mission institutionnelle et des resources disponibles – et cela peut constituer un défi de taille. Il est particulièrement difficile de soutenir la recherche en raison des progrès constants dans ce domaine et de la croissance perpétuelle de la demande clinique – souvent sans augmentation des équipements, du personnel, de l'espace et du financement.

 

Pensez-vous que les femmes doivent encore actuellement travailler plus pour atteindre les mêmes objectifs professionnels que les hommes ?

C'est une question qui s’est davantage posée une decennia plus tôt. Aujourd'hui, les femmes ont presque atteint la parité dans de nombreux domaines, en particulier dans les universités, les instituts de recherche et dans la medicine en général, et leur présence ne fait qu’augmenter.

 

Quel a été le plus grand honneur professionnel de votre carrière ?

Il est difficile de répondre à cette question – car tout honneur, signe de reconnaissance, remerciement du patient ou réussite d’un membre de la faculté est une grande source de satisfaction. Si je considère que le signe principal de la réussite professionnelle consiste à s’engager dans de nouveaux territoires, je répondrais « être la première femme à recevoir un doctorat honorifique de l'Université Ludwig Maximilian de Munich, depuis sa création il y a plus de 500 ans ».

 

Quelle est votre opinion en ce qui concerne la question public versus privé dans la santé aux États-Unis ?

Il existe des arguments forts pour les deux parties et le débat est en cours. Il y aura probablement une solution de compromise viable, quoiqu’insatisfaisante pour les deux parties. Une chose est claire : l'augmentation constante des dépenses de santé doit être contenue, mais cela ne doit pas affecter les progrès de la médecine. Je crois qu’avec la médecine personnalisée, autrement dit avec une médecine prédictive, nous allons non seulement obtenir de meilleurs résultats pour les patients, mais aussi dépenser moins d'argent pour des procédures ou des traitements inutiles ou inefficaces.

 

Vous êtes un pionnier célèbre dans le domaine de l'imagerie moléculaire. Pouvez-vous nous dire comment vous percevez votre rôle ?

Je  ous remercie pour le compliment. Pourtant, je ne suis pas un pionnier. J'ai la chance d'être entourée par des esprits brillants au sein de notre service et notre institution. Je soutiens leur travail et assure l'infrastructure dans laquelle ils peuvent s'épanouir et innover. Je contribue aussi à soutenir la recherche translationnelle et à réconcilier la science fondamentale et la médecine clinique. Le travail dans une institution de recherche en oncologie réputée me permet d’affirmer que l'avenir de l'oncologie et de la médecine dans son ensemble réside dans la médecine personnalisée. L'imagerie moléculaire fournira des bios marqueurs essentiels et ce sera l'un des paradigmes les plus importants de la médecine personnalisée. Coopérer avec les bons collaborateurs pour faire progresser l'imagerie moléculaire et la médecine personnalisée est stimulant et ce qu’il y a de plus intéressant pour moi.

 

Pourriez-Vous Nous Faire Partager Votre Meilleur Souvenir d’Internat ?

Mes meilleurs souvenirs sont de m’être impliquée dans le développement de nouvelles approches pour l'étude des maladies rénales et le rejet des greffes rénales dans les premiers temps de l'échographie.


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